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Qualité d’un bilan carbone, de quoi parle-t-on ?
Le bilan carbone est au cœur de l’infrastructure de la décarbonation. On l’utilise pour définir des trajectoires de décarbonation, prendre des décisions d’investissement ou encore ajuster des taux d’emprunt.
Les fondamentaux du bilan carbone
Le bilan carbone ressemble à un exercice de comptabilité financière.
La formule de base est simple : on multiplie une donnée d’activité par un facteur d’émission afin d’obtenir l’empreinte carbone de l’activité étudiée.
On répète l’opération pour chaque activité nécessaire au fonctionnement de l’entreprise.


Ces données doivent être actualisables pour suivre l’évolution du bilan carbone dans le temps. Utile pour observer les effets des chantiers de transformation bas-carbone et piloter une trajectoire de décarbonation.
La promesse du bilan carbone : faciliter l’intégration des enjeux environnementaux dans les processus de décision de l’entreprise.
L’exercice est devenu si populaire qu’il est désormais requis dans de multiples situations (appels d’offres, clauses d’investissement, labels environnementaux, réglementations sectorielles, etc.).
Dans la pratique, une qualité d’informations très variable
Un bilan carbone peut être calculé en 3 clics ou nécessiter de longues journées de travail. Dans les deux cas, la case sera cochée. La qualité du bilan, en revanche, sera très différente.
Cette qualité dépend de nombreux paramètres.
Le plus évident : l’incertitude associée aux données utilisées. En effet, les données d’activité et les facteurs d’émission utilisés comportent une marge d’erreur :
- Exemple pour les données d’activité — Pour calculer l’empreinte liée à la consommation de diesel routier d’une flotte de camions, on pourrait utiliser comme donnée d’activité la quantité de diesel consommée, les distances parcourues par les camions ou encore les dépenses (€) en achat d’essence. Selon la donnée retenue, l’incertitude sur le résultat variera.
- Exemple pour les facteurs d’émission — Pour calculer l’empreinte liée à des déplacements en avion, on pourrait utiliser plusieurs facteurs d’émission : celui fourni par chaque compagnie aérienne pour chaque vol, un facteur moyen par km parcouru ou encore un facteur moyen par k€ dépensé. Chacun de ces facteurs comporte une incertitude différente.
En réalité, la qualité du bilan carbone ne se limite pas à la précision des chiffres : elle repose sur un équilibre entre plusieurs dimensions interdépendantes.
Représentativité
Dans quelle mesure le calcul modélise correctement le flux d’émission de gaz à effet de serre.
Exhaustivité
Dans quelle mesure mes données couvrent l’ensemble des flux.
Fiabilité
Dans quelle mesure mes calculs sont documentés et reproductibles.
Voici un exemple concernant la représentativité : pour calculer l’alimentation en électricité d’une usine, on peut multiplier la consommation annuelle d’électricité par un facteur d’émission moyen. Néanmoins, comme le facteur d’émission de la production de l’électricité varie fortement pendant l’année, et même pendant la journée, on pourrait aussi faire ce « matching » pour chaque heure ou chaque journée plutôt qu’à l’année. Le résultat représenterait plus fidèlement la situation réelle.
Toutes les approches de calcul ne se valent pas
Plusieurs approches permettent d’estimer l’empreinte carbone d’une activité.
Commençons par distinguer les sources d’émission de scope 1 (carburant, gaz, fioul, etc.), de scope 2 (électricité) et de scope 3 (tout le reste : matières premières, fret, etc.).
Quand les scopes 1 et 2 reposent sur des données mesurées, le scope 3 est généralement estimé à partir de données indirectes. Pour autant, le scope 3 représente la majorité des émissions d’un bilan carbone.
Ainsi, le scope 3 est celui où la qualité des données est la plus déterminante.
Face à cela, de plus en plus d’entreprises définissent des plans d’amélioration de leurs données en scope 3. Ces plans reposent notamment sur l’amélioration des calculs pour les sources d’émissions les plus significatives ou critiques pour l’entreprise.
4 approches sont possibles pour estimer l’empreinte carbone d’une activité de scope 3 :
- Données spécifiques fournisseur — données fournies par votre fournisseur pour la prestation réalisée. Exemple : vous achetez 2 tonnes d’acier à votre fournisseur, qui vous indique que cela correspond à 3,6 tCO₂e.
- Données moyennes — données moyennes par type de produit sur un périmètre donné. Exemple : 1 tonne d’acier fabriqué en France génère en moyenne 2,2 tCO₂e.
- Approche hybride — mélange de données spécifiques fournisseur et de données moyennes. Exemple : votre fournisseur allemand vous indique qu’il a consommé 880 kWh d’électricité pour toutes les étapes de transformation (préparation, fusion, coulée) et vous complétez avec des données moyennes sur les principaux intrants et amont matière (ferraille, chaux, alliages, électrodes, transport, etc.). Vous obtenez 3,9 tCO2e.
- Données basées sur les dépenses — Exemple : A 530€ la tonne d’acier et une intensité de 4 680€/k€, vous obtenez 4,9 tCO2e.
Sans surprise, il est recommandé d’utiliser, dès que possible, des données spécifiques fournisseur et d’éviter les données basées sur les dépenses.
Aujourd’hui, les entreprises suivent des approches différentes, comme l’illustre ce graphique issu d’une analyse menée par la SBTi sur les différents modes de calcul des postes d’émissions du scope 3 :

Quand la qualité de la donnée carbone compte
Quel niveau de qualité devez-vous viser pour votre bilan carbone ? Selon nous — sauf si vous êtes un passionné de comptabilité carbone — vous devez viser le niveau qui vous apporte des bénéfices business, et surtout qui vous évitera des problèmes.
En effet, quand le bilan carbone s’intègre dans des dispositifs structurants, les lacunes en matière de qualité peuvent devenir un talon d’Achille pour les entreprises.
Voici quelques situations où la qualité de la donnée carbone devient un sujet critique :
Pour l’obtention de certains labels (SBTi, B-Corp, CDP, etc.)
En 2026, de nombreux labels ont annoncé leur volonté de renforcer leurs exigences concernant la qualité des données. Voici une synthèse des évolutions annoncées :
SBTi
SBTi est réputée pour son exigence. Une entreprise souhaitant obtenir le label doit définir une trajectoire de décarbonation fondée sur un bilan carbone de référence (baseline) et le soumettre à validation. Historiquement, l’équipe technique vérifiait notamment :
- Une ventilation des sources d’émissions selon les 4 niveaux de qualité (spécifiques fournisseur, hybrides, moyennes, basées sur les dépenses).
- Des explications convaincantes et documentées sur l’ensemble des calculs — notamment en cas d’utilisation de données monétaires ou approximatives.
Dans le cadre de la refonte de SBTi, les exigences seront renforcées dès 2026, notamment via :
- L’audit des données de la baseline.
- La publication d’un plan de progression de la qualité des données.
Vous souhaitez évaluer la qualité d’un bilan carbone par rapport aux exigences de SBTi ? Nous avons conçu un protocole d’analyse et de recommandations qui est actuellement déployé chez Andera Partners. En savoir plus →
CDP
Dans le CDP, la qualité de la donnée influence directement la note obtenue (A-D). L’utilisation de données spécifiques fournisseur apporte des bonus, tandis que l’utilisation de données basées sur les dépenses entraîne des malus.
B Corp
Comme pour le CDP, B Corp valorise la qualité des données dans son scoring. Néanmoins, les attentes sont moins formalisées et le poids de la qualité des données dans le scoring est moindre. Des procédures et un plan d’amélioration des données carbone sont attendus.
Dans des mécanismes d’engagements financiers (management packages, SSL, etc.)
Lors d’opérations financières menées avec des sociétés de gestion ou des établissements bancaires, des mécanismes d’engagement liés à la décarbonation peuvent être proposés :
- Une société de gestion peut proposer des management packages liés à l’atteinte d’objectifs de décarbonation.
- Un établissement bancaire peut proposer un taux d’emprunt variable en fonction de l’atteinte d’une trajectoire de décarbonation alignée avec l’accord de Paris.
Dans ces différentes situations, la qualité du bilan carbone est analysée.
En cas de défaut de qualité, le partenaire financier peut demander à l’entreprise de mettre en place un plan d’amélioration de la qualité des données, voire de refaire complètement son calcul.
Autres exemples
- Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF / CBAM) impose aux entreprises européennes de déclarer les émissions des produits importés et de payer une taxe carbone. Cette taxe peut être calculée à partir de données réelles (spécifiques fournisseur) ou de données moyennes, généralement plus pénalisantes.
- La réglementation CSRD impose une transparence et une traçabilité accrues des données, ainsi qu’un audit par une tierce partie. Dans ce contexte, la qualité du bilan carbone devient un risque de non-conformité.
Comment améliorer la qualité de votre bilan carbone ?
Voici nos recommandations pour vous préparer aux exigences — actuelles et à venir — des principaux cadres (SBTi, GHG Protocol, CDP, etc.) :
Scope 1
- Viser 100 % de données primaires sur les consommations d’énergie (0 extrapolation).
- Privilégier les mesures en litres/kg de carburants plutôt que des données indirectes (ex. : km, kWh PCI/PCS).
- Pouvoir ventiler les consommations par usage (procédé, chauffage, manutention, fret interne, etc.).
Scope 2
- Viser 100 % de données primaires sur les consommations d’énergie (0 extrapolation).
- Clarifier vos contrats d’énergie bas-carbone en market-based (type d’instrument, MWh couverts, mix énergétique, date de validité) et respecter les exigences du GHG Protocol.
- Pour la consommation électrique non couverte par des contrats bas-carbone, utiliser l’intensité carbone des mix résiduels locaux.
- Si votre consommation électrique dépasse 10 GWh, rapprochez-vous de vos fournisseurs pour anticiper les obligations futures du GHG Protocol sur le scope 2 (report horaire et localisation de la production).
Scope 3
- Privilégier des données spécifiques fournisseurs ou hybrides pour vos principaux fournisseurs, en fonction de leur poids dans le scope 3 de votre bilan carbone.
- Privilégier des données moyennes pour les autres postes significatifs, représentant plus de 5 % de votre scope 3.
- Utiliser des données monétaires pour les postes peu matériels (ex. : brevets, honoraires légaux, etc.).
Gouvernance
- Analyser et suivre la qualité de votre bilan carbone avec une méthodologie robuste et documentée (voir les indicateurs recommandés par le GHG Protocol), en incluant un degré d’incertitude.
- Définir un plan d’amélioration des données priorisé sur 5 ans, avec des cibles intermédiaires.
- Établir une politique de recalcul de la baseline et de documentation des méthodes utilisées.
- Si nécessaire, réaliser un audit de niveau d’assurance limité sur la baseline.
Si la thématique vous intéresse, ne loupez pas notre événement exclusif le 14 avril 2026 à Paris, avec des témoignages de Colas, MBO+ et de la Société Générale. En savoir plus →
